Captain Cinéma

Saison 1

Nouvelle série de Stefano Sollima après Gomorra, ZerZeroZero est la nouvelle production à gros budget d’Amazon. Le principe ? L’histoire est celle de la livraison de plusieurs tonnes de cocaïne en se focalisant sur trois parties bien distinctes : le producteur (au Mexique), le livreur (une riche famille américaine), et l’acheteur (une famille de mafieux italiens). Ces trois points de vue vont être l’occasion pour Sollima et son équipe de décrypter l’engrenage de ce genre de trafic. Et il connait bien son sujet Sollima, le réalisateur étant abonné aux fresques criminelles en tous genres (on lui doit, entre autres, le deuxième excellent opus de Sicario). Le voir s’attaquer à une série ambitieuse de ce type apparaît alors presque comme une évidence, ZeroZeroZero renvoyant régulièrement aux anciens travaux du metteur en scène.

les forces spéciales mexicaines

Ce qui frappe d’entrée de jeu c’est la facture visuelle de la série. On a souvent dit récemment que la télé rattrapait la grande toile en termes d’ampleur, de moyens et de mise en scène parfois. Que cela soit en termes de découpage, de cadrage, ou de lumière, ZeroZeroZero n’est que ça : du cinéma sur petit écran qui fait honneur à son grand frère des salles obscures. Chaque épisode rivalise ainsi sans mal avec n’importe quel polar récent sorti au cinéma, et le budget important (on parle de 40 millions, autant dire une jolie somme même si on atteint pas les stratosphériques 120 d’un See ou Game of Thrones) se voit chaque minute à l’écran.

dîner entre business men

C’est à travers ces péripéties et cette narration à la fois linéaire (on va d’un point A à un point B) mais aussi éclatée (on alterne régulièrement entre les trois points de vue) que l’équipe de ZeroZeroZero réussit là où on ne l’attendait pas : faire de ce puzzle narratif une histoire d’une efficacité redoutable grâce à un travail d’écriture exemplaire sur les personnages avant tout. Chaque personnage pivot est incarné à la perfection par un casting impeccable (Harrold Torres est une révélation en chef de cartel mexicain qui se cherche une conscience pour au final accepter sa véritable nature par dépit) et malgré l’aspect choral du scénario rien ne semble jamais confus. La ligne narrative se tient du début à la fin, et les rares digressions font mouches.

rendez-vous mafieu en forêt

Le contrepoids de ce choix c’est que l’aspect géopolitique n’est au final pas si développé que ça et se limite vite à quelque chose de déjà-vu. On aurait aimé en savoir plus sur l’aspect politique de ce monde, sur les rouages et les tenants et aboutissants d’une telle livraison. C’est évidemment le cas, mais sur un mode opératoire très intimiste, sans jamais lâcher les personnages. Une orientation qui fonctionne cependant à merveille, même si on rêve d’une deuxième saison (qui n’arrivera sûrement pas, ZeroZeroZero étant pensé comme une mini-série qui se suffit à elle-même) qui creuserait un peu plus cet aspect mondial pour en faire un véritable joyau de film noir. En l’état, ZeroZeroZero a toutes les qualités qu’on peut trouver dans un excellent film et toutes les qualités qu’on peut trouver dans une excellente série. Le meilleur des deux mondes est à portée de mains, ça serait dommage de passer à côté.