Captain Cinéma

Criminal

Prototype même de la série concept censée apporter un peu de fraîcheur dans un genre codifié, Criminal est la nouvelle création made in Netflix qui compte bien se faire une place sur la plateforme de streaming. L’idée ? Une série policière qui n’est constituée que de scènes d’interrogatoires avec une nationalité différente pour chaque saison (qu’on peut regarder dans l’ordre qu’on veut étant donné que les enjeux et personnages sont à chaque fois différents). Après tout pourquoi pas, un peu de changement ne fait jamais de mal. Et c’est précisément sur ce point que Criminal compte se différencier, même si au final le résultat a comme bien souvent avec ce genre de concept ses limites.

vue de l'autre côté du mirroir

Crée par Jim Field Smith, Criminal nous emmène donc aux quatre coins du globe à travers ces quatre saisons qui se situent en France, en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. Le dépaysement s’arrête néanmoins à la langue étant donné que chaque épisode se déroule dans le même décor (une salle d’interrogatoire et une entrée qui est strictement la même peu importe le pays). Alors quel est l’utilité d’un tel choix ? Difficile de comprendre en effet la raison qui a poussé Smith à tourner la série dans quatre langues différentes si ce n’est pour toucher un plus grand nombre de spectateurs. Là où on voit par contre une différence c’est dans la mise en scène des épisodes qui change très légèrement de pays en pays. Ainsi, la partie allemande se démarque des autres par son découpage ciselé et un peu plus varié que son voisin français, qui se repose bien trop souvent sur une succession de gros plans qui finissent par lasser à la longue. L’Angleterre se situe également un cran au-dessus en termes de réalisation, surtout que cette saison contient des acteurs comme David Tennant ou Hayley Atwell, tous les deux parfaits dans des rôles à contre-emploi. L’Espagne est un poil à la traîne mais se défend très bien, surtout qu’elle propose avec l’Allemagne certaines des enquêtes les plus intéressantes. Le ressenti du spectateur sera donc probablement différent selon l’ordre de visionnage des saisons (Ici : Angleterre/France/Allemagne/Espagne) et c’est peut-être là que se trouve une des forces de Criminal : proposer une expérience télévisée différente pour chaque spectateur avec ce format inhabituel qui révèle toute sa singularité sur la longueur.

interrogatoire

Là où la série perd des points c’est sur son concept limité. Faire de la plupart des personnages des fonctions avec peu de temps pour se focaliser sur eux est un pari risqué, et si les scénaristes se débrouillent souvent bien pour caractériser tout ce beau monde avec peu il est difficile d’avoir beaucoup à se mettre sous la dent concernant cet aspect. En se concentrant uniquement sur les interrogatoires, on gagne en efficacité mais on se retrouve avec des enjeux qui se rapprochent plus d’un épisode des Experts que d’un Mindhunter, grande série criminelle qui en termes de scènes de dialogues est d’ailleurs bien supérieure. Ceci étant dit Criminal reste une curiosité tout à fait recommandable et représente une sympathique initiative de la part de Netflix qui commence à se faire un petit catalogue de projets intéressants.