Captain Cinéma

banshee : saison 1-4

Introduction

Ce n’est un secret pour personne : le monde des séries télévisées a prit une ampleur démesurée, allant jusqu’à rivaliser avec le cinéma par son ambition tout autant visuelle que scénaristique. L’avènement des chaines du câble américain et de certains medias tel Netflix, ainsi qu’internet, ont définitivement ancré les séries dans un mode de consommation de plus en plus important. Le choix plus que conséquent qui s’offre au spectateur lui permet de suivre plusieurs histoires dans la même semaines. Malgré cette abondance et une concurrence très rude, de nombreuses séries tirent leur épingle du jeu même si elles ne s’appellent pas Game of Thrones ou True Detective. Banshee fait partie de cette catégorie.

Pour se mettre dans le bain, l’excellent générique d'introduction :

Crée par Jonathan Tropper et David Schikler, et produite par Alan Ball (créateur de True Blood) et Greg Yaitanes (également réalisateur de nombreux épisodes), la série raconte l’histoire d’un ancien voleur de renom qui, après 15 années passées en prison, part rejoindre l’ancien amour de sa vie Ana dans le comté fictif de Banshee. Les évènements s’emballant dès son arrivée, il assiste à la mort du nouveau shérif, et dans un élan impulsif décide de prendre son identité. Il devient ainsi Lucas Hood, et alors qu’il décide de recommencer une nouvelle vie son passé ainsi que celui de Ana (qui répond désormais au nom de Carrie) les rattrape, et les ennuis qui vont avec. Tout en gardant sa véritable identité secrète, il devra y faire face et s’occuper des nombreux problèmes qui animent la ville entre les différentes tribus et le mafieux local Kai Proctor. Le postulat de base de Banshee, volontairement « over the top », se sent dès l’introduction du premier épisode. Alors que le héros sort de prison après 15 ans d’enfermement, il se rend dans un bar, couche avec la barmaid dans une ruelle, vole une voiture, et se rend chez un ami. Celui ci lui annonce que la femme qu’il recherche a refait sa vie, et après une rapide discussion il lui donne sa nouvelle adresse tout en lui expliquant l’absurdité de son acte. Après quelques mètres à l’extérieur il se retrouve poursuivi par un tueur jusque-là encore inconnu du spectateur. S’ensuit une poursuite/fusillade en plein Manhattan, avec en point d’orgue un bus se renversant en plein boulevard. L’épisode a commencé depuis 5 minutes, et les bases sont posées avec très peu de dialogues. Cette propension à vouloir aller droit au but sans pour autant s’appesantir sur des détails insignifiants sera une des marques de fabrique de la série. Banshee est tout autant une série dramatique qu’un concentré d’action pur dans lequel chaque épisode contient son quota de combats et fusillades/poursuites en tout genres.

Les codes et les attentes

Impossible de ne pas regarder Banshee sans voir la déclinaison moderne des codes du western, appliqués ici dès le premier épisode. Le héros sans nom, peu bavard, arrive dans cette petite ville de Pennsylvanie et se rend dans le bar/saloon dans lequel le shérif se fera descendre lors d’un braquage qui tournera mal. On ne compte plus les règlements de comptes au bar, les duels, les attaques de convoi, les discussions autour d’un whiskey, les truands derrière les barreaux etc. Mais il serait facile de réduire cette approche à un hommage bête et méchant. Dans Banshee, les codes du western prennent à revers les attentes des spectateurs, et tordent les clichés inhérents au genre. Ainsi un duel entre le héros et un tueur se fera à mains nues et non avec des armes à feu comme annoncé : « je pourrais te tuer tout de suite si je voulais » dit Hood en montrant son arme. Ou encore cette épisode ouvrant la saison 2, dans laquelle ce sont les hommes blancs qui attaquent un convoi et volent l’argent des Amérindiens.

le héros Lucas Hood

Loin d’utiliser les codes du western comme un simple moyen de mettre en scène des morceaux de bravoure, les scénaristes s’en servent pour créer un univers tangible, sorte de microcosme qui contient en son sein plusieurs cultures convergeant toutes vers le personnage principal. Ainsi ce ne sont pas seulement les Amérindiens qui apportent l’élément culturel à la série, mais aussi les Amish, voir même carrément la communauté noire ou néo-nazie. Ce choc des cultures (au sens propre comme au figuré) sert constamment le récit, car il amène de vrais questionnements sur les actions des personnages, tout en faisant partie intégrante de leur background. Ce traitement arrive à créer un excellent équilibre entre le divertissement pur qui anime la série et le développement des personnages. Kai Proctor, montré comme le bad guy par excellence au tout début verra son personnage évoluer à travers le prisme de la confrontation avec son père, pratiquant fanatique de la communauté Amish dont il faisait partie. Cette opposition entre un camp très conservateur et un point de vue désormais extérieur apporte un vrai plus au personnage tout en évitant le manichéisme constant dans lequel la série pourrait tomber à tout moment. Il y a donc un vrai respect dans le traitement de la culture dans Banshee qui finit par faire considérablement sortir la série des sentiers battus.

Greg Yataines

"Nous travaillons en collaboration avec la communauté Amérindienne du sud-est pour les besoins de la série, et nous prenons cela très au sérieux. En même temps, nous essayons de rendre notre monde plus dense. Quand nous avons fait la scène des funérailles qui ouvre l’épisode 4, les Amérindiens qui ont travaillé dessus ont apprécié car c’était authentique. Nous avons un consultant Amérindien qui fait en sorte que nous rendions la pièce du conseil de la tribu crédible, et dans l’épisode 8 de la saison 1, quand le chef Benjamin Longshadow (Russel Means) meurt, nous voulions vraiment être certains que le rituel et tout ce qui l’entoure, même ce qui se passait en arrière plan, étaient authentiques. Nous avons essayé d’honorer la culture et aussi de l’accroitre pour les besoins de l’histoire." Greg Yaitanes

Jonathan Tropper

Je suis un gros drogué d’action. J’ai grandis avec les films d’action des 80’s - les mauvais comme les bons. J’étais là lors de la résurrection du cinéma d’action. J’estime que Die Hard et Rambo 2 ont chacun réinventé le cinéma d’action, mais avant ça j’ai été élevé avec Bruce Lee, Chuck Norris et ce genre de trucs. Et j’adore ceux qui sont de bons films, les vrais bons films d’action, et aussi ceux qui atterrissaient directement en vidéo ou sur le câble et que je regardais jusqu’à pas d’heure, ceux avec Dolph Lundgren, Jeff Speakman et Steven Seagal. Il y a de la place pour tout ça et nous rendons hommage à tous ces films, ainsi qu’aux films plus intellectuels au fur et à mesure des saisons. J. Tropper

La filiation de la série avec le cinéma d’action des 80’s et des 90’s est une évidence, tant elle rappelle par bien des points les films qui ont bercé notre enfance, ceux que l’on s’empressait d’aller louer au vidéoclub du coin. La figure du héros tranche ainsi radicalement avec ce qui se fait dans le paysage cinématographique actuel. Alors que dans les blockbusters des années 2000 le héros est constamment montré comme quelqu’un de foncièrement bon malgré ses multiples traumas, Lucas Hood semble constamment sur la corde raide. A l’instar d’un Martin Riggs (Mel Gibson dans l’Arme fatale) il est une sorte d’antihéros dopé à l’adrénaline avec un comportement bordeline et imprévisible. Lucas Hood rappelle les héros des productions Joel Silver dans cette façon qu’il a de résoudre les situations par des choix parfois immoraux, des choix qui finissent par faire de lui une sorte de hors la loi (encore plus ironique dans sa position de shérif). Et alors que son collègue Emmett lui annonce : « La Bible dit : ne répond pas au mal par le mal » Hood lui répond « ça ne me pose pas de problème », le tout d’un naturel qui fait froid dans le dos ! Il n’hésite pas à laisser Proctor torturer quelqu’un alors qu’il se trouve pourtant juste à côté, et si le personnage de Hood se révèle vite attachant, il n’en reste pas moins montré comme quelqu’un loin d’être totalement innocent, prêt à tuer sur un coup de tête. Hood est bien un vrai et authentique antihéros qui à cause de ses mensonges n’amène que la mort autour de lui, finissant par se démener de la plupart des situations bien souvent d’une manière peu commune. En effet, si la logique veut que le héros triomphe du grand méchant par sa force ou son intelligence, Lucas Hood lui, gagne constamment à la déloyal contre ses adversaires. Que cela soit contre un champion de MMA, des tueurs à gages ou un Indien de deux mètres, ce ne seront jamais ses aptitudes de combattant (pourtant loin d’être mauvaises) qui joueront en sa faveur. Il utilisera toujours le décor à son avantage lorsqu’il sera contre plus fort que lui. Un coup de bouteille ou de couteau par surprise, un camion qui décapite son opposant, une arme à feu qu’il récupère en plein combat….Il faut le voir en début de première saison faire preuve de véritables coups bas n’hésitant pas à taper dans les parties, mordre, ou finir par déchirer la main de son adversaire (oui vous avez bien lu) dans un combat d’une violence impressionnante, le tout devant une salle comble et dans un silence de plomb !

Le sexe et le sang

La filiation de la série avec le cinéma d’action des 80’s et des 90’s est une évidence, tant elle rappelle par bien des points les films qui ont bercé notre enfance, ceux que l’on s’empressait d’aller louer au vidéoclub du coin. La figure du héros tranche ainsi radicalement avec ce qui se fait dans le paysage cinématographique actuel. Alors que dans les blockbusters des années 2000 le héros est constamment montré comme quelqu’un de foncièrement bon malgré ses multiples traumas, Lucas Hood semble constamment sur la corde raide. A l’instar d’un Martin Riggs (Mel Gibson dans l’Arme fatale) il est une sorte d’antihéros dopé à l’adrénaline avec un comportement bordeline et imprévisible. Lucas Hood rappelle les héros des productions Joel Silver dans cette façon qu’il a de résoudre les situations par des choix parfois immoraux, des choix qui finissent par faire de lui une sorte de hors la loi (encore plus ironique dans sa position de shérif). Et alors que son collègue Emmett lui annonce : « La Bible dit : ne répond pas au mal par le mal » Hood lui répond « ça ne me pose pas de problème », le tout d’un naturel qui fait froid dans le dos ! Il n’hésite pas à laisser Proctor torturer quelqu’un alors qu’il se trouve pourtant juste à côté, et si le personnage de Hood se révèle vite attachant, il n’en reste pas moins montré comme quelqu’un loin d’être totalement innocent, prêt à tuer sur un coup de tête. Hood est bien un vrai et authentique antihéros qui à cause de ses mensonges n’amène que la mort autour de lui, finissant par se démener de la plupart des situations bien souvent d’une manière peu commune. En effet, si la logique veut que le héros triomphe du grand méchant par sa force ou son intelligence, Lucas Hood lui, gagne constamment à la déloyal contre ses adversaires. Que cela soit contre un champion de MMA, des tueurs à gages ou un Indien de deux mètres, ce ne seront jamais ses aptitudes de combattant (pourtant loin d’être mauvaises) qui joueront en sa faveur. Il utilisera toujours le décor à son avantage lorsqu’il sera contre plus fort que lui. Un coup de bouteille ou de couteau par surprise, un camion qui décapite son opposant, une arme à feu qu’il récupère en plein combat….Il faut le voir en début de première saison faire preuve de véritables coups bas n’hésitant pas à taper dans les parties, mordre, ou finir par déchirer la main de son adversaire (oui vous avez bien lu) dans un combat d’une violence impressionnante, le tout devant une salle comble et dans un silence de plomb !

Lucas Hood en plein combat contre un assassin

Si vous regardez la série vous le savez sans doute : elle n’est pas à mettre entre toutes les mains. Banshee est une série qui peut faire preuve d’une violence inouïe lors de ses combats, et qui contient de nombreuses scènes de sexe. Si de nombreuses personnes n’ont pas manqué de traiter la série de putassière à cause de cet aspect, il faut cependant remettre les choses dans leur contexte. Dans Banshee les personnages ont tous un rapport différent vis à vis du sexe. Rebecca par exemple s’en sert pour sortir de sa condition de base (à savoir faire partie du mode de vie des Amish, qui ne lui convient plus) et accéder au pouvoir. Pour Carrie le sexe est tout autant une arme (si elle arrive à garder le grand méchant de la saison 3 sous le coude c’est parce qu’il est un nymphomane allant jusqu’à forniquer sur son lieu de travail) qu’une faiblesse, car c’est ce qui la fait douter lors du retour de Hood. On est donc bien loin d’une représentation unilatérale du sexe qui ne serait là que pour garder une certaine partie de l’audimat. Au delà de l’aspect « ludique » qu’il peut y avoir dans ces scènes elle permettent surtout de connecter les personnages entre eux et de faire avancer l’histoire. Il serait évidemment hypocrite de parler de Banshee sans parler de la partie action. Si la série mise une grosse partie de son capital sympathie sur ses personnages et sa partie dramatique, elle emporte définitivement l’adhésion dès qu’il s’agit de faire parler la poudre et les poings. Et de ce côté-là, elle se montre très généreuse ! Pratiquement chaque épisode est l’occasion pour Hood ou/et quelqu’un d’autre de casser des pifs et de répandre le sang. Et on pèse nos mots quand on vous dit que certains combats surpassent ce qui se fait au cinéma. Certains morceaux de bravoure tel les combats respectifs de l’épisode 3 des saisons 1 et 3 font preuve d’une barbarie peu commune, surtout que la mise en scène s’est améliorée au fil du temps. Le fameux combat entre Burton et Nola représente un des sommets de la série, avec cette mise en scène en faux plan séquence et une utilisation du jump cut excellente qui dynamise les échanges entre les deux adversaires. C’est une véritable montée en tension qui vient s’opérer lors des affrontements, dont l’approche (ou les enjeux)arrive à changer constamment.

Jonathan Troppper sur le tournage

"Nous faisons attention à ce que les combats ne semblent pas chorégraphiés et qu’ils soient prévisibles. Jonathan et moi adorons Jack Burton dans les griffes du Mandarin, Invasion Los Angeles, True Romance, ce genre de choses. Si nous faisons un combat homme contre femme, nous allons faire le meilleur combat de femme que vous ayez jamais vu. C’est pour cela que l’épisode 8 (Saison 1) était le gros morceau. Quand Proctor et Lucas se mettent sur la tronche dans l’épisode 9, Je voulais faire comme dans Invasion Los Angeles, qui a une énorme scène de combat de 5 minutes. […] Parfois nous tentons une approche comme « quand il s’introduit dans le casino, je veux que ça soit comme un jeu vidéo. Il va éclater un gars, puis trois, et puis il ira sauver la princesse tout en haut". J. Tropper

Si les deux premières saisons s’avéraient déjà jouissives, la saison 3 pousse cet aspect encore plus loin en transformant un épisode central en film de siège citant très clairement le Assaut de John Carpenter. Normalement conçu pour économiser de l’argent jusqu’aux épisodes plus importants en réutilisant les mêmes décors (ce sont souvent des huits clos avec peu de personnages), cet « épisode bouteille », ou « bottle épisode » en anglais, devient un climax de la saison, un épisode dans lequel certains personnages jusque là secondaires prennent de l’importance et se dévoile dans l’action, tel l’excellent Kurt Bunker.

Lucas Hood et Kai Proktor

"Chaque année nous essayons de faire une version « Banshee » d’un épisode bouteille. Dans la plupart des séries, les épisodes bouteilles servent à économiser de l’argent. Nos épisodes bouteille ont tendance à couter plus cher que tous les autres épisodes. Mais nous essayons toujours de faire quelque chose d’un peu différent, et avec la saison 2 nous avions l’épisode de la licorne (épisode 5), qui était vraiment différent de tout ce que nous avions fait jusqu’à présent. Nous ne voulions pas nous répéter, et donc à la place on s’est dit « faisons cet épisode de siège pour l’épisode 5, dans lequel on pourrait avoir toutes nos histoires qui convergent au même endroit ». Et nous avons commencé la saison avec l’intention de les faire atterrir au commissariat pour ce 5e épisode, ce qui s’est révélé être aussi une excellente façon de réaliser cette saison : en dirigeant ces énergies en fonction de la façon dont l’histoire se déroulait. Et je pense que c’est devenu un des meilleurs épisodes qu’on ai jamais fait". J.Tropper

Mais l’évolution de la série dans l’action ne s’arrête pas là. Alors que Hollywood produit des dizaines de films en found footage (ces films tel paranormal activity ou le projet blair witch dans lesquels tout est filmé via une caméra amateur) de qualité bien souvent médiocre, l’épisode 7 de la 3e saison voit ses dernières 20 minutes se transformer en film de casse vu à travers des caméras de surveillances. Un dispositif de mise en scène qui fut choisit pour des raisons économiques et logistiques, mais qui est tenu du début à la fin (absolument tout sera vu à travers les caméras de l’équipe, même des combats à mains nues) là ou la plupart des films qui l’utilisent ne savent pas tenir ce parti pris tout du long, ou le font de façon maladroite. Une manière très ludique de trancher avec le reste de la série tout en amplifiant les enjeux et la tension de la scène. Non content de renouveler son approche de l’action, Banshee prouve que les séries en ont sous le coude et n’ont rien à envier à Hollywood quand elles veulent.

Lucas Hood en mauvaise posture

"Cela est né de nos limitations. Même si nous sommes ambitieux, nous avons au final un budget à tenir. Je voulais avoir un épisode de départ et j’y ai vu l’opportunité de raccourcir l’emploi du temps et de faire quelque chose de très créatif. C’était le meilleur moment de ma vie. Nous avons tourné pendant 3 jours pour tout ce que vous avez vu du début à la fin de cette scène de 20 minutes, ce qui normalement devait prendre 6 ou 7 jours. C’était juste un grand soulagement. Les acteurs étaient les narrateurs, les caméras créaient la tension. On était littéralement avec eux. Nous savons que nous devons faire ce que nous faisons bien et ne pas essayer d’être ce que nous ne sommes pas. Vous avez vu des millions de cambriolages […] mais vous n’en avez jamais vu des comme celui-là. C’est là où nous laissons notre marque. Donc je suis très fier de cet épisode." Greg Yaitanes

Pulp Fiction

Si la partie action est quelque chose de non négligeable à la série de part son importance, elle se doit d’être entourée d’une bonne histoire et de personnages auxquels le spectateur s’attache. La bonne nouvelle c’est que Banshee recèle d’antagonistes forts et charismatiques parfois tout droit sortis d’une planche de comic book. Néanmoins elle n’hésite pas à se débarrasser de certains au bout d’un épisode parfois. Mais si elle le fait ça sera toujours pour des personnages secondaires qui en quelques minutes auront imposé un style et une fonction bien précise. Des personnages comme Quentin (le tueur anglais de la saison 2) ou Monsieur Brantley (l’homme d’affaire obèse de la saison 3) sont réduits à leurs pures fonctions d’archétypes qui seront toujours amenées de manière subtile, par le biais d’inserts ou d’indices dans les dialogues qui en disent long sur eux. Même si ils ne font qu’apparaître le temps d’un seul épisode, ces personnages arrivent néanmoins à marquer les esprits de par leur comportement et leur mise en image. D’autres jusque-là secondaires arrivent à prendre en un épisode une vraie profondeur. Olek, traité en début de saison 1 comme un sous fifre tout ce qu’il y a de plus banal, devient en fin de saison 1 un personnage tragique, blessé par l’amour mais toujours capable du pire. Emmet lui, fait plonger l’ambiance général dans un nihilisme qui fait froid dans le dos en empruntant une trajectoire d’une violence inattendue, sans rédemption à l’appuie. Quand il se met à chercher les armes qu’il va utiliser pour casser du néo-nazi en leur récitant l’histoire de son père dans un silence de mort, après qu’un acte inexcusable ai été fait à sa famille, on reste sans voix tellement le malaise qui hante la scène met le spectateur dans une position inconfortable.

Lucas Hood et son ami Sugar Bates trinquant au bar

Si les instigateurs de Banshee mettent un point d’honneur a en donner pour son argent, ils font donc aussi tout pour que la série soit donc centrée sur ses personnages et ses scénaristes finissent toujours par faire preuve d’un véritable amour pour eux. Les protagonistes féminins sont par ailleurs très solides. Montrées comme des femmes fortes (Nola) qui s’émancipent (Rebecca) mais qui ont aussi leurs faiblesses (Carrie), elles ont tout autant d’importance que le cast masculin et s’octroient parfois des scènes d’action impressionnantes. Un personnage comme Job a bien évidemment un côté féminin et extravagant (il est l’élément comique du show notamment grâce à sa répartie) mais cela n’est jamais traité de manière trop superficiel car celui-ci ne se résume pas qu’à son travestissement. Il reste quelqu’un de très intelligent qui a des capacités martiales non négligeables, et même si son comportement reste efféminé sa part d’homme apporte un contrepoids bienvenu dans sa caractérisation. Très vite un archétype de grand méchant comme Kai Proctor se révèle être plus ambigüe qu’il n’y paraît. Plutôt que d’en faire un grand méchant dès le début, les scénaristes, plutôt malins, brouillent les pistes, et après quelques épisodes en font un mal nécessaire auquel Hood doit se rattacher pour avoir vengeance. La relation entre ces deux électrons libres est ainsi bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, et si Hood en vient à tenter de tuer Proctor à de multiples reprises il a besoin de lui pour diverses raisons. La fin de la saison 3 promet d’ailleurs énormément sur ce sujet. Il y aura toujours une idée scénique (le camion QD pour Brantley), un détail (Burton et ses lunettes) qui finira par rendre les personnages mémorables. Et même si certains n’ont pas eu le développement qu’ils auraient mérité, ils auront suffisamment eu de scènes pour les mettre en avant. On pense à Nola, dont l’actrice Odette Annable ne pouvait être assez présente pour le tournage et qui n’apparaissait que sporadiquement sans véritable parcours psychologique.

Passé et futur

Ces êtres évoluent dans une trame qui au fil des saisons a su s’améliorer. La première saison a réussi à poser les bases de façon très carrée. Banshee est comme bon nombre de séries un univers dans lequel énormément de personnages évoluent et sont reliés. En ce sens la première saison est exemplaire, et ne s’égare que rarement. L’attention est bien évidemment portée sur Hood et son histoire avec Carrie, mais il y a nombres de sous intrigues et de bad guys qui sont amorcés. Tout en mettant en place un univers fort, Banshee fait évoluer tout le monde en les confrontant aux codes inhérents du genre. Par exemple, en première saison Hood dit à Carrie après son retour et la déception qui s’ensuit « je ne gagne pas la fille, je ne gagne pas l’argent ». Dans Banshee le « happy ending » cache constamment un retour de bâton sur les personnages. Chaque acte amène quelque chose d’encore pire. Il semble peu probable que cette histoire finisse bien au final tant les personnages semblent prisonniers de leurs destins qui ne font qu’empirer. Ils sont tous constamment attachés à leur passé. C’est le leitmotiv même de la série : « le passé finit toujours par nous rattraper ». La liste des intrigues qui apparaissaient à cause d’évènements antérieurs est longue et ancre définitivement Banshee dans une proximité avec le passé. Les personnages de ce monde cherchent constamment à s’en débarrasser. Alors qu’une serveuse demande à Olek d’où il vient, sa réponse sera sans précédent : « je préfère parler de qui je suis ». Et ce n’est pas un hasard si Hood résout une enquête grâce à une ancienne blessure mal soignée.

l'actrice Lili Simmons et l'antagoniste principal Chayton

La série à su se renouveler au fur et à mesure qu’elle progressait mais la saison 3 marque une vraie rupture avec ce qui a précédé. Alors que la deuxième saison s’éparpillait un peu plus et ne mettait en place sa menace qu’à partir du cinquième épisode, la troisième démarre quand à elle sous des chapeaux de roues avec une poursuite et une exécution. Cette saison sera plus dramatique, les enjeux et menaces seront vite mis en place dès le premier épisode. Le fil rouge est plus clair et transparait tout du long des dix épisodes sans qu’il soit trop parasité par les sous intrigues qui l’habitent. C’est la saison du renouvellement. Un épisode entier est un siège, alors qu’un autre voit ses vingt dernières minutes transformées en found footage, tandis que la mise en scène s’améliore sensiblement. Les flahsbacks et autres effets de style les illustrant se font moins grossiers et s’intègrent donc mieux dans la narration. La réalisation des scènes de combat a également subit un léger lifting. Les manos à manos sont désormais filmés en grand angle, le montage laisse d’avantage respirer les chorégraphies et l’utilisation du jump cut dans sa mise en pratique finit par donner d’excellents résultats. La préparation du casse lié au deuxième méchant est montrée cette fois-ci et apporte un côté évidemment ludique, là ou dans les premières saisons cela restait juste évoqué au détour de quelques lignes de dialogues. Enfin, de nouveaux personnages là encore très charismatiques et prometteurs font leur apparition, tel Kurt Bunker, ex néo-nazi tatoué de partout qui a rejoint les rangs de la police (oui vous avez bien entendu) et dont le calme apparent cache une violence prête à exploser à tout moment. Même le générique change le temps d’un épisode pour lorgner du côté de Breaking Bad/Lord of War.

Evidemment la formule a ses limites à certains moments. Le final de la saison 3, tout comme celui de la saison 2, fait par exemple un peu redite tout en étant moins impressionnant que ce qui a précédé. Mais malgré le fait que comme bien des séries l’écriture subit des hauts et des bas, elle arrive à faire retrouver l’amour qu’on éprouvait pour un cinéma qu’on croyait perdu. Un cinéma de divertissement qui n’a pas peur d’en faire parfois des tonnes au détriment du réalisme, et qui base son énergie sur des personnages et une trame résolument pulp. Et par les temps qui court c’est une aubaine d’avoir une série comme Banshee.

Plus dure sera la chute

Faire ses adieux à une série qu’on apprécie n’est jamais facile, surtout quand cette dernière s’appelle BANSHEE. Après trois saisons qui avaient fourni leur quota de personnages hauts en couleurs et de bourre-pifs en tout genre, ce dernier chapitre des aventures de Lucas Hood était attendu au tournant. Cet ultime saison était en effet l’occasion de terminer la série en beauté malgré un budget moins important que par le passé : huit épisodes en lieu et place des dix habituels, une délocalisation du tournage en Pennsylvanie… Des coupes budgétaires sont passées par là, principalement à cause d’audiences pas suffisantes pour élever BANSHEE au rang des séries très rentables. One last ride, un feu d’artifice pour dire au revoir à BANSHEE et tous ses personnages. Sur le papier en tout cas. Car à l’écran c’est malheureusement une autre histoire. La troisième saison avait opéré un léger changement de ton. Plus dramatique, elle n’en oubliait pas pour autant de livrer de nombreux morceaux de bravoure parfois condensés en un seul épisode (l’épisode trois, probablement le meilleur de la série). C’était également l’occasion d’essayer de nouvelles approches, d’expérimenter des procédés visuels jusqu’ici inédits. L’action représentait donc toujours une partie très importante de BANSHEE. Cette quatrième saison bouleverse la donne. L’histoire fait ainsi un bond en avant de un an et demi. Hood s’est retiré de ses fonctions et vit désormais tel un ermite au fin fond de la forêt, Brock est passé shérif de Banshee (qui a droit à un commissariat tout neuf), Proctor est devenu maire, un personnage important est mort, Carrie a perdu la garde de son enfant et s’est mis en quête de se venger de Proctor en jouant au vigilante… De l’eau a coulé sous les ponts depuis notre dernier contact avec la bande. Le procédé, intéressant en ce qu’il permet de développer les personnages sous un tout nouvel angle et de changer les rapports de force, pose cependant problème quand dans le même temps certains arcs n’ont pas avancé d’un pouce. On pense à celui de Bunker, qui n’a pas bougé d’un iota alors que les actes impliqués étaient d’une gravité importante. Les personnages ont toujours été au centre de BANSHEE, et c’est pour cette raison que l’action et les enjeux fonctionnaient, quand bien même le tout était placé sous le signe du divertissement, équilibrant le côté sérieux de l’entreprise. Sauf que cette fois-ci la balance penche d’un côté plus que de l’autre, et pas pour le meilleur.

Lucas Hood

L’action se fait rare, très rare, et on vient sérieusement à s’inquiéter du chemin que Jonathan Tropper et ses scénaristes ont pris. Une des principales qualités de BANSHEE était de faire avancer certains arcs de façon abrupte (celui du fils de Hood) ou en mettant des personnages jusqu’ici secondaires au premier plan en leur conférant une trajectoire dramatique inattendue (Emmet en deuxième saison par exemple). Le problème, c’est que cette dernière saison ne possède aucune de ces qualités. Résultat : une trame qui met un temps fou à démarrer. Tout le monde tire la tronche, l’enquête fait du surplace, Job passe la moitié de la saison cloué au lit à souffrir de son trauma, et de nombreuses résolutions laissent clairement à désirer (tout ce qui tourne autour de l’enlèvement de Job et son sauvetage est complètement raté). L’histoire aurait pu être intéressante pourtant. Passé les premiers épisodes, les scénaristes éventent l’éventualité d’un twist sur l’identité du tueur et s’orientent vers quelque chose de plus classique, avant de terminer sur un rebondissement inattendu et pourtant diablement cohérent. Entre temps, il faut malheureusement s’occuper avec un ersatz de Dragon Rouge pas original pour un sou malgré une ou deux idées bienvenues, et dont la confrontation avec Hood s’avérera très décevante. BANSHEE proposait à chaque fois de nouveaux venus tout droit sortis d’une page de comic book et au traitement à la hauteur des espérances. C’est loin d’être le cas cette année. Une adjointe du shérif adepte du MMA est ainsi transparente et disparaît au moment où elle promettait beaucoup. Seul le personnage de Eliza Dushku parvient à tirer la série de sa torpeur par son côté décontracté. C’est bien peu compte tenu de ce qui avait été offert par le passé.

La saison 3 a été la saison d’action ultime, donc je ne voulais pas passer toute la saison 4 à essayer de la surpasser. La quatrième parlait plus de moments difficiles et violents et des personnages. […] Donc je pense que la saison 4 est une saison plus tendue, plus portée sur le suspense et sur les personnages. Nous avions un budget limité. Si nous avions fait dix épisodes avec ce budget, nous n’aurions pas pu donner aux épisodes la même richesse que celle à laquelle nous étions habitués. Donc nous avons décidé d’en faire huit et de les rendre vraiment complexes." Jonathan Tropper

un des nouveaux antagonistes : Calvin Bunker, membre d'une fraternité néonazi

La réalisation a également fait un grand bond qualitatif en arrière, les rares scènes d’action étant au pire oubliables ou décevantes. La série va même jusqu’à balancer un combat incluant Burton et une dizaine de skinheads hors champ, alors que le spectateur attend depuis six épisodes que les corps se brisent. On imagine que le budget bien inférieur a dû jouer dans cette décision, mais venant d’une série qui avait jusqu’à présent su mettre en boite de sacrés combats en peu de temps avec beaucoup de débrouille c’est tout bonnement incompréhensible et difficilement pardonnable. Tout au plus sauvera-t-on un dernier combat avec Bunker pas désagréable qui rappelle celui de Burton/Nola, mais aucun (très rares, on le redit) mano a mano incluant Hood ne tiendra ses promesses, jusqu’à un dernier épisode d’une tristesse absolue à ce niveau. L’absence de Greg Yaitanes derrière la caméra cette année se fait ainsi cruellement sentir, d’autant plus que la photographie revient aux teintes très ternes des deux premières saisons, appuyant encore plus ce sentiment de dépression qui ne sied pas trop à BANSHEE. En faisant fi du côté pulp qui animait la série jusqu’à présent et en se concentrant sur l’aspect dramatique jusqu’au point de non retour, les scénaristes font disparaître l’esprit BANSHEE. Comment ne pas être déçus devant la storyline des skinheads, bien trop mise de côté et bâclée (Calvin met six épisodes à péter un câble et tout le background concernant la confrérie est sous-exploité), alors qu’elle représente parfaitement la série et est prometteuse sur le papier ? Comment ne pas être déçus quand on voit que certains personnages ne font plus que de la figuration (Sugar), ou que d’autres n’ont pas le traitement espéré (Job, Burton) ? Certains ressortent grandis de l’expérience, tel Bunker qui prend une importance considérable, mais le fait est que le nombre de sous-intrigues à résoudre dans cette saison est bien trop important compte tenu de sa courte durée, et perdre la moitié de la saison sur une banale histoire de serial killer est une erreur qui n’était pas à faire. C’était bien la peine de virer tout le côté choc des cultures avec les indiens (qui ont disparus) et les amish (qui font deux apparitions) qui apportait un background intéressant.

Lucas Hood, Kurt Bunker et Job

On quitte donc BANSHEE les larmes aux yeux devant tant de gâchis et de promesses non tenues, et ce malgré un épilogue touchant qui parvient à faire vibrer la fibre nostalgique du fan et à nous faire dire que oui, malgré cette conclusion bancale, la série laissera un excellent souvenir. Adieu BANSHEE, ce fut quand même un grand plaisir.